
Jean Giraudoux est né le 29 octobre 1882 à Bellac, aux confins de la Marche et du Limousin. Il était le fils d'Anne Lacoste et de Léon Giraudoux, alors conducteur des Ponts et Chaussées, qui devait être nommé, en 1889, percepteur à Pellevoisin. Le jeune Giraudoux fréquenta d'abord le collège de Cérilly, puis l'école publique de Pellevoisin avant d'être envoyé en 1893, comme boursier et interne, au lycée de Châteauroux, où il fit d'excellentes études secondaires. Toujours premier en tout et brillant élève, il prépare au lycée Lakanal, à Sceaux, le concours d'entrée à l'École normale supérieure. Reçu premier, il passera trois ans à perfectionner une culture d'élite qu'il saura, plus tard, avec bonheur, tourner vers le réel en l'appréhendant par le truchement de cet humanisme universel seul capable de faire siens les événements les plus récents. Si Giraudoux fut le parfait normalien durant son séjour rue d'Ulm, il n'envisageait point avec joie de devenir professeur. En visitant l'Allemagne comme boursier d'agrégation, il trouve à Munich l'occasion d'être le précepteur de Paul Morand, de six ans plus jeune que lui, et le correspondant du Figaro, grâce aux bons soins de l'actrice Wanda de Boncza. Il donne quelques leçons de français au prince de Saxe-Meinigen, puis parcourt la Scandinavie, l'Autriche, l'Italie et les Balkans en amateur de voyages. Entretemps, il confie à un ami un petit conte fantastique pour la revue Marseille-Etudiant, paru en 1904 sous le titre le Dernier Rêve d'Edmond About, puis en librairie sous celui de Premier Rêve signé. Dédaignant à dessein l'agrégation d'allemand, il part pour l'Amérique, en 1907, comme lecteur de français à l'université Harvard, après avoir laissé à un ami la Pharmacienne, signée du pseudonyme Jean-Emmanuel Manière. Cette nouvelle parut, quelque peu modifiée, dans une revue de l'époque. Incarnation même d'un héros de Valéry Larbaud, Giraudoux mène grande vie en Amérique. Il visite le Canada et séjourne quelque temps à l'île de Madère. A son retour d'Amérique, il fréquente le quartier Latin, ses cafés et ses brasseries : le Vachette, le d'Harcourt, le Cluny et parfois, plus loin, au bout de Montparnasse, la Closerie des Lilas, où il retrouve J.-P. Toulet et Curnonsky, entre bien d'autres. Il publie, dans maintes revues, des nouvelles, qu'il réunit en volume chez Grasset {Provinciales, 1909). Le livre est remarqué par André Gide, qui lui consacre dans ses Nouveaux Prétextes tout un chapitre. Manquant alors d'argent — la littérature n'était pour lui que d'un maigre rapport — Giraudoux songe un instant à se lancer dans les affaires et finit par entrer comme secrétaire de Maurice Bunau-Varilla au Matin, où il publie des contes qui paraîtront en volume chez Gallimard (1952) sous le titre Contes d'un matin. Mais le journalisme le laisse insatisfait. Un beau jour, il découvre chez Paul Morand, devenu son ami, des manuels de politique étrangère, et, intéressé par eux, il se présente au grand concours des Affaires étrangères, mais il doit céder le pas à deux fils d'ambassadeurs. Quelques mois plus tard, il est reçu premier au petit concours des élèves vice-consuls et reprend, cette fois avec la valise diplomatique, ses pérégrinations à travers le monde, jusqu'en Russie et en Turquie. Bientôt c'est la guerre : mobilisé en Alsace comme sergent d'infanterie, il transforme le genre carnet de route en de véritables poèmes en prose, qui seront édités, en 1917, sous le titre si évocateur de Lectures pour une ombre. La guerre, Jean Giraudoux la fait aussi excellemment qu'il fit ses études. Il fut, en effet, le premier écrivain français à être nommé chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire. Cité trois fois à l'ordre de l'armée et du régiment, blessé «dans l'Aisne à l'aine » — ce cruel jeu de mots est de lui —, il est encore blessé aux Dardanelles, rapatrié, et après être allé d'hôpital en dépôt et de dépôt en hôpital, il est affecté par Philippe Berthelot à une mission d'officiers français au…

Contemporary Drama: Eleven Plays: American - English - European
1956
ISBN 9780024246202